BARR du XVIème siècle à la Révolution
Par
Marie-Anne HICKEL
DE LA SEIGNEURERIE AU BAILLIAGE
A la fin du Moyen-Âge
Barr est un village, Dorf, appartenant à l’Empire comme ses
voisins Heiligenstein, Gertwiller, Goxwiller, Bourgheim. Ces cinq
localités avaient en commun l’usage d’une grande forêt. En 1513
l’empereur Maximilien donna l’ensemble en gage à son secrétaire
Nicolas Ziegler qui le posséda en pleine propriété à partir de 1525
et porta le titre de Freiherr, seigneur de Barr. Centre
administratif, mais aussi commercial grâce à son marché et ses
foires, Barr devient un bourg, Flecken.
La période des
Ziegler fut marquée par plusieurs faits importants.
-
la guerre
des paysans en 1525. Les habitants de la seigneurie prirent part au
soulèvement et au pillage des couvents du secteur.
-
L’introduction de la Réforme par les fils de Nicolas Ziegler vers
1545. La seigneurie entière resta protestante jusqu’en 1685.
Les Ziegler vendirent
la Seigneurie à la Ville de Strasbourg en 1566 et 1568, mais le
dernier, Frédéric, continua à résider au château de Barr jusqu’à sa
mort en 1583 et à s’immiscer dans les affaires. Depuis 1566 la
seigneurie, devenue bailliage strasbourgeois, était administrée par
un bailli, Amtmann, résidant sur place. Le blason de
Strasbourg ornait le sceau de la seigneurie, les portes du bourg et
les bornes en forêt.
Des
archives se constituèrent : - registres paroissiaux à partir de
1559
-
comptes communaux à partir de 1574
-
archives notariales à partir de 1585
-
comptes de la seigneurie à partir de 1587
-
comptes de la fabrique d’église à partir de 1651
LE TEMPS DES
CALAMITES
La période néfaste
est introduite à la fin du XVIème siècle par la « guerre des
évêques » opposant deux candidats au siège épiscopal de Strasbourg :
Georges de Brandenbourg, protestant, et le cardinal de Lorraine,
catholique. Strasbourg soutenait le premier. Barr, possession
strasbourgeoise, fut prise par les Lorrains et détruite le 22 août
1592 : 70 maisons, le château, la maison commune furent la proie des
flammes.
Pendant la guerre de
Trente Ans, Barr fut relativement épargnée, mais subit le passage
des troupes et la calamité des maraudeurs. Les soldats amis ou
ennemis, Suédois, Impériaux et Français, se comportaient de la même
façon, pillant et tuant, coupant les blés, emmenant chevaux et
bétail, détruisant mobilier et bâtiment. Barr souffrit surtout en
1632 et 1636 où le château fut sérieusement endommagé. A cela
s’ajoutaient des épidémies de « peste » et des périodes de disette
(1636-37).
La paix de Westphalie
n’apporta pas de répit, Louis XIV étant en guerre avec la Maison
d’Autriche. Strasbourg détenait l’un des passages les plus
importants du Rhin. Après une période d’hésitations, elle finit par
se placer du côté des Impériaux. Le 9 novembre 1678 Barr étant
occupée par des troupes françaises fut incendiée et brûla pendant
quatre jours. On dut en plus payer une contribution de guerre.
En 1680 un arrêté du
roi exigeant la soumission à la France des terres d’Empire en
Alsace, le bailli Antoine Diebold dut, malgré les protestations de
la Ville de Strasbourg, prêter serment de fidélité entre les mains
de l’Intendant de La Grange. Le rattachement à la France eut comme
conséquence la réintroduction du catholicisme en 1685 et
l’instauration du régime du simultaneum dans les églises du
bailliage.
LE XVIIIème
SIECLE : ORDRE ET PROSPERITE
Après 1715 l’Alsace
connut une période de paix et de prospérité.
A Barr le bailli,
Amtmann, exerçait l’autorité sur les cinq localités et sur
l’essentiel de Mittelbergheim que Strasbourg avait acheté aux
seigneurs de Berckheim en 1608 et 1613. Il était soutenu et contrôlé
par trois Directeurs de bailliage, Landpfleger, issu du Sénat
de Strasbourg, et aidé sur place par un greffier, Amtschreiber,
et un receveur, Amtschaffer. Le lien avec la population était
constitué dans chaque commune par un prévôt, Schultheiss,
nommé à vie par le seigneur. Il s’occupait de la police, levait les
taxes seigneuriales, et présidait le Gericht, qui était à la
fois tribunal et conseil. Ses membres, élus, surveillaient
l’entretien des bâtiments, des puits, des moulins, du marché. Au
sein du Gericht était choisi le Heimburger qui tenait les comptes de
la communauté. Des auxiliaires contrôlaient le pain (Brotschauer),
la viande (Fleischschauer), le vin (Weinsticher), les
puits (Brunnenmeister), les mesures de capacité (Maasfechter),
sans compter les gardes champêtres, les chargeurs de vin et le
messager municipal. La taxe aux portes du bourg était encaissée par
le Zoller, la taxe sur le vin vendu dans les auberges (Umgeld)
par le Umgelter.
« Barr est un ancien
bourg très renommé par son commerce et son marché » écrit le bailli
Marco au milieu du XVIIIème siècle. Les habitants, en plus de leurs
activités viticoles, étaient presque tous artisans. Le rôle de la
tannerie allait se développer au cours du siècle. Le marché
hebdomadaire a lieu le samedi, les foires à la Saint-Martin et le
premier mai, et attirent un nombreux public, y compris
d’Outre-Vosges.
L’administration
strasbourgeoise était efficace, mais autoritaire. Les Barrois
allaient accueillir avec joie la Révolution qui allait marquer la
fin de la présence de Strasbourg. L’enjeu était la forêt dont
Strasbourg s’était approprié peu à peu l’administration en évinçant
les communes. Ce fut le début d’un conflit séculaire. En 1763 un
décret royal attribua 880 ha au Hohwald à la Ville de Strasbourg.
Les Barrois allaient continuer le combat. Comme dit le bailli Marco
« le bourgeois est … laborieux et industrieux. Il est docile,
honnête et prévenant, sitôt qu’il y va de son intérêt, quelquefois
mutin et processif ».
Marie-Anne HICKEL,
membre fondateur de
la Société d’Histoire et d’Archéologie de Dambach la
Ville-Barr-Obernai.