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Les familles KRUCKER et GRUCKER |
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Histoire du Klingenthal
Le Klingenthal n’est pas un village comme les autres ; son histoire est indissociable de la Manufacture d’Armes Blanches qui lui a donné naissance et imprimé son originalité.
La création de la Manufacture
En 1729, Louis XV demande à son Secrétaire d’Etat à la Guerre, M. d’Angervilliers, d’établir une manufacture d’armes blanches dans le Royaume de France, afin de ne plus dépendre de l’étranger pour l’approvisionnement de ses troupes. C’est Henri Anthès, spécialiste incontesté en métallurgie, qui est chargé de trouver un site en Alsace : son choix se porte sur la vallée de l’Ehn en amont d’Obernai. Pourtant rien ne prédisposait cet endroit inhospitalier et quasi désert à devenir la première Manufacture Royale d’Armes Blanches de France. Les habitants des villages environnants étaient agriculteurs, vignerons ou artisans et n’avaient pas la moindre compétence dans la fabrication des armes. Il a donc fallu non seulement construire les martinets, forges et aiguiseries, aménager le réseau hydraulique, mais aussi trouver les ouvriers capables de les faire fonctionner. C’est à Solingen, dans le Duché de Berg, où l’on produisait les meilleures armes depuis plusieurs siècles déjà, qu’Abraham Peters, fourbisseur à Strasbourg mais natif de Solingen, débauche pour le compte de H. Anthès les dix spécialistes qui vont fonder la Manufacture. Le 15 juillet 1730, Louis XV signe les Lettres Patentes pour la création de la Manufacture Royale d’Armes Blanches d’Alsace. Celle-ci prospère très rapidement et dès 1731, elle emploie 25 ouvriers tous originaires de Solingen : ce sont eux qui donnent le nom de Klingenthal ‘’Vallée des Lames’’, au village-manufacture qui se constitue petit à petit à partir des ateliers répartis le long de l’Ehn.
L’essor de la Manufacture
Le Klingenthal ne cesse de prospérer et d’attirer un grand nombre d’ouvriers originaires des villages environnants certes, mais aussi de régions plus éloignées : du Würtemberg, du Palatinat et du Duché de Berg qui gardera toujours des relations privilégiées avec la Manufacture. Les effectifs progressent régulièrement : 10 ouvriers en 1730, 25 en 1731, 50 en 1735, 77 en 1749, 208 en 1787 à la veille de la Révolution. L’Empire marque incontestablement l’apogée de la Manufacture qui produit à cette époque ses plus belles armes blanches et emploie jusqu’à 679 ouvriers.
La fermeture de la Manufacture d’Etat
Après la chute de l’Empire en 1815, le déclin s’amorce : les guerres napoléoniennes, grandes consommatrices d’armes, sont bien terminées. De plus, 1819 voit la création de la Manufacture de Châtellerault qui va concurrencer sérieusement celle du Klingenthal : dès 1820, des ouvriers sont appelés à se rendre à Châtellerault. La décision de fermeture de la Manufacture du Klingenthal est prise en 1830 et devient effective en 1836. Des dizaines d’ouvriers alsaciens partent pour Châtellerault avec leurs familles. La misère et le chômage sévissent au Klingenthal : la période de gloire et de prospérité est bien révolue.
La période Coulaux
En 1838, Julien Coulaux qui était déjà entrepreneur de la Manufacture depuis 1802 avec son frère Jacques, rachète aux enchères les bâtiments et ateliers de la Manufacture : celle-ci devient dès lors une entreprise privée. La fabrication d’armes blanches continues certes jusqu’en 1930, mais Charles Louis Coulaux, le fils de Julien, introduit la production de faux et faucilles à partir de 1840, en aménageant les ateliers et le réseau hydraulique. Pour démarrer cette nouvelle activité il fait venir de Remscheid près de Solingen des spécialistes dans l’art de forger des faux. Plus tard vers 1870 des ouvriers du Tyrol viendront renforcer les effectifs de la Manufacture de Faux. Le Klingenthal connaît ainsi une nouvelle période de prospérité. Mais le progrès industriel a raison de la vétusté des installations du Klingenthal et en 1962, le dernier atelier de platinage de faux ferme ses portes. Les martinets se sont alors définitivement tus dans la Vallée des Lames après 250 années d’intense activité.
Pour les généalogistes, Klingenthal présente un intérêt certain : bien des familles peuvent se prévaloir d’ancêtres qui ont travaillé à la Manufacture. Au Klingenthal se sont toujours mêlées des populations aux origines très diverses. Certaines familles se sont maintenues pendant de nombreuses générations, d’autres n’y ont fait qu’un bref passage. Les premières familles originaires de Solingen étaient toutes protestantes (luthériennes ou réformées) ainsi que la plupart des ouvriers venus de l’étranger. La communauté protestante a donc toujours été très nombreuse au Klingenthal et pourtant elle n’a disposé d’un temple et d’une paroisse indépendante qu’en 1828. Il ne faut pas oublier que le culte protestant était interdit dans le Royaume de France après la Révocation de l’Edit de Nantes et simplement tolérée en Alsace, mais sans autorisation de construire de nouveaux temples. Avant 1828, les mariages, baptêmes et enterrements étaient célébrés dans les paroisses de Barr, Goxwiller et Heiligenstein pour les luthériens, et Wolfisheim pour les réformés. Pendant les premières années de l’existence de la Manufacture, peu d’ouvriers catholiques habitaient sur place : la plupart étant originaires des villages limitrophes (Boersch, Ottrott, St-Nabor, Grendelbruch, Mollkirch …….), ils continuaient à y résider et à y fréquenter les lieux de cultes. Mais en 1761 le gouvernement verse une subvention pour la construction d’une chapelle dédiée à Saint-Louis : c’est ainsi qu’est née la paroisse Saint-Louis du Klingenthal, annexe de la paroisse de Boersch. Après la Révolution qui instaure l’Etat Civil, la situation du Klingenthal reste complexe : le village ne constitue toujours pas de commune indépendante ; il reste sous le contrôle militaire et les actes civils sont enregistrés soit à Ottrott soit à Boersch. Après la fermeture de la Manufacture d’Etat en 1836, les habitants du Klingenthal signent une pétition pour demander que leur village soit érigé en commune indépendante, mais ils se heurtent à un refus de l’administration départementale. Le village est alors officiellement partagé entre les deux communes de Boersch et d’Ottrott : la rive droite de l’Ehn devient annexe d’Ottrott, la rive gauche annexe de Boersch. Cette situation particulière subsiste encore actuellement. Décidément, le Klingenthal n’est vraiment pas un village comme les autres !
Elisabeth GRESSIER, Secrétaire de l’Association pour le Sauvegarde du Klingenthal
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